Avant lui

A Brice H.

C’était pendant l’hiver
D’une profonde vie
De poubelles et d’ennui
Comme un triste et long ver
Solitaire dépourvu
D’intestin, je longeais
Les rues, les avenues
Des chiens errants erraient
Les perdants, les battus
Par la vie s’égaraient
Et sans goûter jamais
Aux bons vins de bons crus

Je n’avais rien connu
Des honneurs de la vie
Des hôtels avec vue
Des bonheurs de l’exi-
stence quand elle est jolie
Et les perdants perdaient
Suivaient les chiens errants
Qui erraient de plus en plus
Moi-même je courais
Mais il avait tant plu
Je glissais, je tombais
Dedans les détritus

J’avais connu des loups
Des lopes et des voyous
Des zoulous nyctalopes
Des aveugles aussi
Des cathos zélés ob-
sédés des croix, des clous
Je rampais sur la Terre
Je rompais sous les coups
De deux ou trois salopes
Dont quelques femmes itou
J’allais dans le désert
M’isoler loin de tout

Je me cassais le cou
Je me cassais le cul
Me suis fait mal partout
Chaque jour me disais
Un jour je ferai l’U-
nion soviétique en é-
té et mon pardessus
Fera bien cet hiver
L’hiver était venu
Et le froid avec lui
J’avais raté ma vie
Mais il est advenu
J’avais raté ma vie
Mais tu es advenu
J’avais raté ma vie…

I. Les pieds sur Terre

II. La tête en l'air