Un prince

Ma mère, je me dois de vous faire ce poème
Un poème sans loi, mais un poème quand même
Il y a dans nos cercles, ceux de notre lignée
De noblesse suprême et divine clarté
Une morale froide
Dont je ne suis pas l’emblème

Ma mère, je suis né de vous, de vous au monde
Et vous le savez bien qu’en ma première seconde
La première rencontre avec l’air des bois
Et avec la lumière qui glissait sur le drap
Rien n’était écrit sur moi
Sinon que j’étais roi
À mille lieues à la ronde

Selon votre étiquette il n’y a rien de tel
Que dessiner la vie sur un joli modèle
Je m’y suis essayé mais n’ai jamais bien peint
J’ai torturé le cœur qui criait sous mon sein
Pour lui faire changer d’air
Je m’y suis abîmé les mains
Car il n’y a rien à faire

J’aime le petit page, il s’appelle François
Il a presque mon âge, il est beau comme un roi
Le roi de ma nature, le roi de mes saisons
Le cœur a ses raisons – elles sont bonnes, je vous jure
Et je vais le chérir
Et que peut-on y faire ?
Rien, ma mère

Maman, c’est maintenant qu’il faut que vous m’aimiez
Et je vous en supplie du fond de ma tristesse
De n’être pas celui qui prendra la princesse
Dont vous avez rêvé, voyez ma destinée
Comme une autre peinture
À mettre sur les murs
Du palais

Mon père, qui lisez par-dessus cette épaule
Qui pleure j’imagine, tout comme vous tremblez
Sachez que vous avez bien tenu votre rôle
Et fait de moi un homme épris de liberté
Passez par ma masure
J’y couperai du bois
Tout l’été

I. Les pieds sur Terre

II. La tête en l'air