Les Funambules

Et quand nous aurons tous aimé
Un peu plus, un peu mieux
Quand nos colères seront tombées
Si nous ne sommes pas trop vieux

On pourra chanter autre chose

On sait que tout est inutile
De petits grains de sable
On sait que nos voix sont fragiles
Et nos mots jetables

On pourra écrire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront tombés ?
De marques indélébiles
Et combien de blessés ?

On aura des enfants à faire
Des repères à créer
Il y aura tellement d’autres guerres
Tout un monde à repenser

On pourra rêver d’autre chose

Aussi rapides qu’un courant d’air
Les années auront passé
On aura moins de forces qu’hier
Quelques rides, des idées

On pourra construire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront restés ?
Combien dans les abîmes
Et combien envolés ?

Et quand nous aurons tous aimé
Qu’on rira de ce temps
Qu’on en parlera au passé
Comme d’un combat d’antan

On pourra passer à autre chose
On passera à autre chose…

Le Pont

Je me souviens comme on riait
Et tous les mots qu’on s’inventait
Les étoiles dans nos yeux qui dansaient
Main dans la main on traversait

Perdu au bord du pont cadenassé
D’âmes sœurs liées, d’amours rouillées…
À mes pieds, vous avez verrouillé
Vos deux cœurs puis jeté la clé

Le pont a ri, soudain a tremblé
La clé dans ma main est tombée
C’est ce jour-là que le pont des Arts s’est trompé

Une fumée d’étoiles nous a guidés
Seuls sur ce pont filant, ailé
Comme une larme je suis tombée
Sur le rire d’un autre esseulé

Sur un nuage le pont s’est posé
Dans le vent ma peine envolée
Une âme frère sur mes lèvres étonnées
Le ciel s’est doucement détourné

Le pont a rougi et a tremblé
Brisant nos rires en pluie d’été
C’est ce jour-là que le pont des Arts a parié

Je me souviens comme on riait
Et tous les mots qu’on s’inventait
Les étoiles dans nos yeux qui dansaient
Main dans la main on traversait

A Year with You

When I saw you, in September, you were the sweetest girl
When I saw you, I said to myself, you were the guy I was waiting for
But now I
See you with some boy and I know that I’ll never hold your hand
But baby, I’d never promised, I’d be the man who’d take you to the church someday

I smiled at you, in December, hoping that you would change
I smiled at you, and I held your hand, but not the way you wanted me to care
You have to
Know that I’d give anything I have to feel the same way you do
But baby, I realize you can’t ever change what your soul has decided for you

I know that I have found in you the one who can understand my pain
I know that I have found in you the smile who can help me through the rain
Together we need to build a shelter and keep us from the cold
You and I we’ll find, through all the seasons, a place to never feel alone

June is here now, and I’m near you, I’m still sharing your life
Nothing can ever tear us apart, I will always stay by your side

Au début

Au début, au début on n’a rien su
Au début on n’a rien su puis ensuite on a su
On a su que les hommes
On a su que les hommes qui n’aimaient plus
On a su que les hommes qui n’aimaient plus les femmes étaient de plus en plus nombreux

On a dit d’abord, d’abord on n’a rien dit
D’abord on n’a rien dit
Puis ensuite on a dit
On a dit que c’était
Un aérolithe
Une météorite
La pollution
Le réchauffement climatique
Un nouveau virus
Prédit par Nostradamus
Une mutation génétique
Un envoûtement
La faute du gouvernement
La démission des parents
La colère divine
Et la fin du monde

On a dit, on a dit qu’il fallait des prières
Un pouvoir autoritaire
Un régime militaire
Punir les réfractaires
De châtiments exemplaires
On a cherché des boucs émissaires
On a pris les ordinaires
On en a calomnié
On en a dénoncé
On en a spolié
On en a arrêté
On en a torturé
On en a condamné
On en a lapidé
On en a
On en a

Un jour, un jour on n’a rien vu
Un jour on n’a rien vu
Puis un autre jour on a vu, on a vu que les hommes
On a vu que les hommes qui n’aimaient plus
On a vu que les hommes qui n’aimaient plus les femmes n’étaient plus aussi nombreux

Alors on a fait des offrandes
Des libations
Des cérémonies
Des célébrations
Des défilés
Des festivités
Des processions
Des commémorations
Et puis
Et puis on n’a plus rien fait

Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal

C’est alors que des femmes ont commencé
À ne plus aimer
Les hommes