Ça ne durera pas

Je me souviens pendant la guerre
D’avoir parlé à mes parents
Car ils avaient l’esprit ouvert
De mon nouvel amour naissant

C’était une jeune infirmière
Esprit vif et grande beauté
Mais j’étais une riche héritière
Descendant d’une longue lignée

« Ça ne durera pas, ma fille
Ça ne durera pas
Le temps passe et l’amour aussi
Ça ne durera pas »

Après la guerre, l’amour croissant
Nous sortions dans les cabarets
Nos mains liées, nous embrassant
Croisant Cocteau et Jean Marais

Mon frère, alors, me prit à part
S’inquiétant de ma légèreté
Me rappelant à mes devoirs
De riche héritière et d’aînée

« Ça ne durera pas, ma sœur
Ça ne durera pas
Trouve un mari et oublie-la
Ça ne durera pas »

Ça durait pourtant toujours quand
Ils m’ont fait épouser en blanc
Un homme pour qui je n’avais rien
Qu’indifférence, mépris, dédain

Puis il m’a fait devenir mère
D’un enfant dont je ne voulais pas
J’ai tant pleuré mon infirmière
Mais il m’a dit : « Ne t’inquiète pas

Ça ne durera pas, chérie
Ça ne durera pas
Le temps passe et le monde oublie
Ça ne durera pas »

Emportant toute ma fortune
C’est mon mari qui m’a quittée
Prenant ma fille – sans rancune
Mais me rendant ma liberté

J’ai retrouvé mon infirmière
Mais elle aussi s’était mariée
Et elle aussi était la mère
D’un petit garçon nouveau-né

« Ça ne durera pas, mon cœur
Ça ne durera pas
Je t’attendrai le temps qu’il faut
Ça ne durera pas »

Malheureusement ça a duré
Une longue dizaine d’années
Pendant ce temps j’ai attendu
Sans remords ni regrets

Puis un beau jour elle m’a rejointe
Un matin de printemps
Tenant son enfant par la main
Et elle m’a dit : « Allons-nous-en

Ça ne durera pas, mon ange
Ça ne durera pas
Profitons-en tant que l’on peut
Ça ne durera pas »

Evidemment le temps passé
N’a pas duré assez longtemps
Il se compte en dizaines d’années
Mais le bonheur passe comme le vent

Son fils est devenu le mien
Un garçon dont nous sommes si fières
Qui jusqu’au bout lui tint la main
Jusqu’à la fin de son cancer

« Ça ne durera pas, mon fils
Ça ne durera pas
Aimons les gens tant que l’on peut
Tant qu’ils sont toujours là »

Mon infirmière était partie
Mais ma fille m’a retrouvée
Elle avait quitté son mari
Ou son mari l’avait quittée

Elle a donc rencontré mon fils
Et tous les deux se sont aimés
En commun, pas une goutte de sang
Juste l’amour de leurs mamans

« Ça ne durera pas, enfants
Ça ne durera pas
Mais qu’importe qui ou comment
Aimer est l’important

Le reste ne compte pas, enfants
Car ça ne durera pas
Le reste ne compte pas, enfants
Car ça ne durera pas »