Les Funambules

Et quand nous aurons tous aimé
Un peu plus, un peu mieux
Quand nos colères seront tombées
Si nous ne sommes pas trop vieux

On pourra chanter autre chose

On sait que tout est inutile
De petits grains de sable
On sait que nos voix sont fragiles
Et nos mots jetables

On pourra écrire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront tombés ?
De marques indélébiles
Et combien de blessés ?

On aura des enfants à faire
Des repères à créer
Il y aura tellement d’autres guerres
Tout un monde à repenser

On pourra rêver d’autre chose

Aussi rapides qu’un courant d’air
Les années auront passé
On aura moins de forces qu’hier
Quelques rides, des idées

On pourra construire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront restés ?
Combien dans les abîmes
Et combien envolés ?

Et quand nous aurons tous aimé
Qu’on rira de ce temps
Qu’on en parlera au passé
Comme d’un combat d’antan

On pourra passer à autre chose
On passera à autre chose…

Fille à pédés

Entre vingt et trente-cinq ans
Quand on est plutôt jolie
Qu’on n’a pas son prince charmant
Et qu’on habite à Paris
Toutes les copines sont maquées
Elles ne sortent pas le soir
La plupart ont des bébés
Mais celles qui sont dans les bars…

Ce sont les
Filles à pédés
Leurs copines sont des copains
Qui sont super bien gaulés
Et qui se tiennent par la main
Les filles à pédés
C’est comme ça qu’on les appelle
Leurs amis sont tous homos
Même si elles leur roulent des pelles

Ils savent écouter les filles
Dans les moments importants
Dans les moments nuls aussi
Ils savent écouter tout le temps
On écoute les mêmes musiques
Rihanna ou Beyoncé
Ce qui compte, c’est qu’on critique
Les gens qui ne savent pas danser

Nous sommes les
Filles à pédés
Celles qui se moquent des gens
Qui ont l’esprit étriqué
Et l’humour inexistant
Les filles à pédés
Celles qui roulent du popotin
Celles qui aiment s’emballer
Autour du moindre potin

Je ne connais pas un garçon
Qui aime comment je m’habille
Qui pleure devant une émission
Et qui comprend toujours les filles
Qui me conseille en chaussures
Qui déteste le métro
Qui ait peur des voitures
Et qui soit hétéro

Je suis une
Fille à pédés
Si c’est bien comme ça qu’on dit
Leurs mots doux peuvent m’aider
À me sentir plus jolie
Une fille à pédés
À pédale ou à moto
Appelez-moi comme vous voulez
Car ce ne sont que des mots

Si toi aussi tu n’aimes pas
Les jalousies et les égos
Des filles qui se montrent du doigt
Et qui ne disent pas de gros mots
Si quand tu as encore trop bu
Tu préfères aller danser
Avec des hommes au torse nu
Qui ne vont jamais te draguer

Tu es une
Fille à pédés
Crie-le fort et sois-en fière
Profite de ces années
Où tu n’es pas encore ta mère
Une fille à pédés
Oui c’est bien comme ça qu’on dit
Enlace-les, embrasse-les
Et danse toute la nuit

Une fille à pédés
Une fille à pédés
Oui c’est bien comme ça qu’on dit

Une fille à pédés
Une fille à pédés
Oui c’est bien comme ça qu’on dit
Quand on parle de mes amis…

Nos silences

La première fois que j’ai ri, tu étais là
La première chute aussi
Les tout premiers pas
Tous ces instants qui arrêtent le temps

Le premier chagrin dans la cour d’école
La première peur, les heures de colle
Tous ces souvenirs
Où j’habillais mes larmes de sourires

Tu étais
Solitaire, un peu secret
À l’écart du bruit, toujours juste à côté

Tu savais
Bien avant moi tu devinais
Ce qui se jouait là devant tes yeux
Les armes qu’il te faudrait un jour pour être heureux

La première fois tu avais huit ans
Tu étais un si bel enfant
Toujours à vouloir faire comme les grands
À presser le temps

Du premier chagrin dans la cour ce jour-là
Des mots, des regards, des coups bas
Tu ne m’as rien dit, mais j’ai compris
Quelle serait ta vie

J’ai grandi
Et très vite j’ai appris
À me taire et à laisser glisser la pluie

J’ai gardé
Toutes ces années mon secret
Par ignorance et pour te protéger
J’attendais que l’heure tourne, de l’hiver à l’été

J’ai tourné les mots des jours et des nuits
Pour oser te dire qui je suis
Tu m’as regardé, tu n’as rien dit
Et tu as souri

Ma peur
Dans la tienne s’est évanouie
Les silences d’autrefois
Ont pleuré dans nos bras

L’inconnu
Qui nous attend, le temps perdu
Rien ne nous empêchera d’avancer
La tête haute et le cœur plus léger