Les Funambules

Et quand nous aurons tous aimé
Un peu plus, un peu mieux
Quand nos colères seront tombées
Si nous ne sommes pas trop vieux

On pourra chanter autre chose

On sait que tout est inutile
De petits grains de sable
On sait que nos voix sont fragiles
Et nos mots jetables

On pourra écrire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront tombés ?
De marques indélébiles
Et combien de blessés ?

On aura des enfants à faire
Des repères à créer
Il y aura tellement d’autres guerres
Tout un monde à repenser

On pourra rêver d’autre chose

Aussi rapides qu’un courant d’air
Les années auront passé
On aura moins de forces qu’hier
Quelques rides, des idées

On pourra construire autre chose

À marcher sur des fils
Combien seront restés ?
Combien dans les abîmes
Et combien envolés ?

Et quand nous aurons tous aimé
Qu’on rira de ce temps
Qu’on en parlera au passé
Comme d’un combat d’antan

On pourra passer à autre chose
On passera à autre chose…

L’Aveu

Je viens de la nuit, mon amour
Des années, je n’ai pas compris
Qui j’étais, pourquoi j’aimais ainsi

Je viens de la gêne, du silence
Des maux étouffés de l’enfance
D’une terre de sourde violence

Aujourd’hui tout est plus facile
Le monde est-il moins imbécile
Ou ai-je seulement le cuir moins fragile ?
Sur ta bouche je pose mes secrets
À tes pieds je foule le passé
Dans tes yeux j’apprends à oublier

Aujourd’hui je marche avec toi
Je vis, je vieillis avec toi
Un mariage, des enfants, pourquoi pas ?

Je ne rêve pas d’une vie différente
Juste d’une vie qui m’enchante
Avec l’homme que je serre contre moi

Aujourd’hui tout est plus facile
Le monde est-il moins imbécile
Ou ai-je seulement le cuir moins fragile ?
Dans tes mots j’efface mes regrets
Sur ta peau je trace des projets
Dans ton rire j’apprends la légèreté

Sur ta bouche je pose mes secrets
À tes pieds je foule le passé
Dans tes yeux je vois l’éternité

Je viens de la nuit, mon amour
Comme beaucoup j’ai payé le prix
Du hasard qui m’a fait comme je suis

Fallait-il en passer par là
Pour aujourd’hui avoir le droit
De m’endormir en paix dans tes bras ?

Rentrer chez moi

Vos histoires, ce soir, ne m’intéressent pas
Vous marchez, messieurs, ça ne m’émeut pas
Vous marchez, mesdames
Faites-le donc sans moi
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi

Vous avez gagné, la fête est gâchée
Qu’avez-vous gagné ? La loi est passée
Défaite ou victoire
J’ai beaucoup trop à boire
Ce soir, je veux juste rentrer chez moi

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Prendre un verre et oublier tout ça
Boire à l’amour, à demain, aux beaux jours
Boire aux amis, au courage, à la vie

Dans quelques années nos enfants, mélangés
Auront balayé les derniers préjugés
Dans quelques années
Le monde aura changé
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Prendre un verre et oublier tout ça
Boire à l’amour, à demain, aux beaux jours
Boire aux amis, au courage, à la vie

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi…

Au début

Au début, au début on n’a rien su
Au début on n’a rien su puis ensuite on a su
On a su que les hommes
On a su que les hommes qui n’aimaient plus
On a su que les hommes qui n’aimaient plus les femmes étaient de plus en plus nombreux

On a dit d’abord, d’abord on n’a rien dit
D’abord on n’a rien dit
Puis ensuite on a dit
On a dit que c’était
Un aérolithe
Une météorite
La pollution
Le réchauffement climatique
Un nouveau virus
Prédit par Nostradamus
Une mutation génétique
Un envoûtement
La faute du gouvernement
La démission des parents
La colère divine
Et la fin du monde

On a dit, on a dit qu’il fallait des prières
Un pouvoir autoritaire
Un régime militaire
Punir les réfractaires
De châtiments exemplaires
On a cherché des boucs émissaires
On a pris les ordinaires
On en a calomnié
On en a dénoncé
On en a spolié
On en a arrêté
On en a torturé
On en a condamné
On en a lapidé
On en a
On en a

Un jour, un jour on n’a rien vu
Un jour on n’a rien vu
Puis un autre jour on a vu, on a vu que les hommes
On a vu que les hommes qui n’aimaient plus
On a vu que les hommes qui n’aimaient plus les femmes n’étaient plus aussi nombreux

Alors on a fait des offrandes
Des libations
Des cérémonies
Des célébrations
Des défilés
Des festivités
Des processions
Des commémorations
Et puis
Et puis on n’a plus rien fait

Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal
Tout était redevenu normal

C’est alors que des femmes ont commencé
À ne plus aimer
Les hommes