Choux hiboux

Sur une montagne de choux
Un couple de plastique
Deux petits bonhommes en costume, à l’identique

Perchés comme deux hiboux
Deux joujoux de plastique
Regardent deux hommes en costume, à l’identique

Un beau jour de septembre
Après 19 années
Ils ont pu faire homologuer
Leur pluriel irrégulier

À genoux
Ils ont fait leur demande, échangé les bijoux
Eux qui se prenaient des cailloux
Quand ils étaient écoliers

Oui et oui
Fallait entendre le cri de soulagement
De leurs amis après tout ce temps
À leur chercher des poux

Enfin monter l’escalier
Pluriel irrégulier

Et le premier adjoint
N’a pas fait de long discours
Pas perdu plus de temps
Il a choisi de faire court

Sous son regard brillant
Dans un sourire pudique
A juste souhaité bienvenue
Dans la République

À genoux
Ils ont fait la demande, échangé les bijoux
Eux qui se prenaient des cailloux
Quand ils étaient écoliers

Oui et oui
Fallait voir l’amour qui volait sur ces gens
Pluie de riz dans leurs cheveux grisonnants
Comme deux enfants pleins de poux

Enfin monter l’escalier
Pluriel irrégulier

Genoux bijoux cailloux poux hiboux choux joujoux
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Rosalie(s)

Rosalie aime Rosalie
Au 2 bis rue du Sans-souci
Rosalie n’aime pas César, ni Jean, ni Magali
Rosalie aime Rosalie
Au huitième gauche, sous un toit de Paris

En haut d’un grand escalier rond
Deux petits oiseaux sur paillasson
Chantent « Bienvenue dans notre maison »
Une boîte aux lettres
Une seule sonnette
Deux « Rosalie » sur l’étiquette
Pour cet amour sans garçon

« Les filles du huitième, vous les avez croisées ?
C’est un peu indécent, tout de même
Je préfère pas y penser
Une fille avec une fille qui…
C’est vraiment pas joli joli
Enfin je dis ça
J’ai rien dit »

Rosalie aime Rosalie
Dans un trois pièces sans vis-à-vis
À deux pas du soleil et vue sur l’horizon
Beaucoup de cœurs envient leur ciel
Et leur bonheur si haut de plafond

En haut d’un grand escalier rond
Deux petits oiseaux chantent leur chanson
Des patati, des patata
Tous les on-dit
Les blablabla
Elles s’en sont fait des arcs-en-ciel, des papillons
Et des fleurs rouges sur leur balcon

« Les nanas du huitième, tu les a rencontrées ?
Elles sont canon, hein, non ? Si… Attends…
– Ouais, mais t’emballe pas mon gars
En fait les mecs, elles aiment pas
Entre elles
Elles s’en donnent à cœur joie »

Rosalie aime Rosalie
Au 2 bis rue du Sans-souci
Rosalie n’aime pas César, ni Jean, ni Magali
Rosalie aime Rosalie
Au huitième gauche, sous un toit de Paris

L’Aveu

Je viens de la nuit, mon amour
Des années, je n’ai pas compris
Qui j’étais, pourquoi j’aimais ainsi

Je viens de la gêne, du silence
Des maux étouffés de l’enfance
D’une terre de sourde violence

Aujourd’hui tout est plus facile
Le monde est-il moins imbécile
Ou ai-je seulement le cuir moins fragile ?
Sur ta bouche je pose mes secrets
À tes pieds je foule le passé
Dans tes yeux j’apprends à oublier

Aujourd’hui je marche avec toi
Je vis, je vieillis avec toi
Un mariage, des enfants, pourquoi pas ?

Je ne rêve pas d’une vie différente
Juste d’une vie qui m’enchante
Avec l’homme que je serre contre moi

Aujourd’hui tout est plus facile
Le monde est-il moins imbécile
Ou ai-je seulement le cuir moins fragile ?
Dans tes mots j’efface mes regrets
Sur ta peau je trace des projets
Dans ton rire j’apprends la légèreté

Sur ta bouche je pose mes secrets
À tes pieds je foule le passé
Dans tes yeux je vois l’éternité

Je viens de la nuit, mon amour
Comme beaucoup j’ai payé le prix
Du hasard qui m’a fait comme je suis

Fallait-il en passer par là
Pour aujourd’hui avoir le droit
De m’endormir en paix dans tes bras ?

Rentrer chez moi

Vos histoires, ce soir, ne m’intéressent pas
Vous marchez, messieurs, ça ne m’émeut pas
Vous marchez, mesdames
Faites-le donc sans moi
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi

Vous avez gagné, la fête est gâchée
Qu’avez-vous gagné ? La loi est passée
Défaite ou victoire
J’ai beaucoup trop à boire
Ce soir, je veux juste rentrer chez moi

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Prendre un verre et oublier tout ça
Boire à l’amour, à demain, aux beaux jours
Boire aux amis, au courage, à la vie

Dans quelques années nos enfants, mélangés
Auront balayé les derniers préjugés
Dans quelques années
Le monde aura changé
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Prendre un verre et oublier tout ça
Boire à l’amour, à demain, aux beaux jours
Boire aux amis, au courage, à la vie

Ce soir, je vais juste rentrer chez moi
Ce soir, je vais juste rentrer chez moi…

Le Président

J’étais président d’un très grand pays, j’étais
Important
J’étais puissant, très puissant, imposant, j’étais
Séduisant

Bla bla bla bla bla
Je parlais, et la foule, grisée, avalait
Bla bla bla bla bla
Je parlais, je parlais

J’étais un personnage tout à fait exemplaire, bon époux
Et bon père
J’étais l’homme tranquille, solide comme un roc, solide
Et viril

Bla bla bla bla bla
Je parlais, et la foule en redemandait
Bla bla bla bla bla
Je parlais, je parlais

Bla bla bla bla bla
Tant qu’il le fallait, puis le rideau tombait
La la la la la
Et le cirque cessait

Le roi était nu
La nuit était venue
Satin rose et plumes dans le cul
Le roi était nu
Et j’étais moi-même
Follement moi-même
Tant et plus

La la la la la…

Bla bla bla bla bla
Je parlais, et la foule, grisée, avalait
Bla bla bla bla bla
Je parlais, je parlais

L’écrirai-je un jour ?
En parlerai-je un jour ?
Oserai-je dire qui
Je fus ?
Le roi était nu
Et j’étais moi-même
Follement moi-même
Tant et plus

Le roi était nu
Et j’étais moi-même
Follement moi-même
Tant et plus

La la la la la…