La Lumière

Quand venait l’instant
Dans notre théâtre
Sous un ciel de plâtre
De ne plus être spectateurs

Quand venait le temps
De broyer le noir
En portant du fard
Dans la chaleur des projecteurs

La lumière
Descendait couronner les reines
Donnait la vie pour quelques heures
Au royaume des durs et des fiers

La lumière
Éblouissait les peines
Changeait la fumée en couleurs
Et faisait dorer la poussière

Et quand on jouait
Un air un peu triste
Un chant réaliste
Il venait battre près du cœur

On donnait des paillettes
À notre indécence
Des fées aux enfances
Des chanteuses et des enchanteurs

La lumière
Descendait couronner les reines
Donnait la vie pour quelques heures
Au royaume des durs et des fiers

La lumière
Éblouissait les peines
Changeait la fumée en couleurs
Et faisait dorer la poussière

Ce temps est fini
Où l’on portait du fard
Cachés au fond du soir
Maintenant le grand jour étincelle

Et nous on sourit
En lisant l’hommage
Aux couleurs d’un autre âge
Dans la lumière d’un arc-en-ciel

La lumière
Descendait couronner les reines
Donnait la vie pour quelques heures
Au royaume des durs et des fiers

La lumière
Éblouissait les peines
Changeait la fumée en couleurs
Et faisait dorer la poussière

La lumière
Descendait couronner les reines
Donnait la vie pour quelques heures
Au royaume des durs et des fiers

La lumière
Éblouissait les peines
Changeait la fumée en couleurs
Et faisait dorer la poussière

Ce temps est fini
Où l’on portait du fard
Cachés au fond du soir
Maintenant le grand jour étincelle

Choux hiboux

Sur une montagne de choux
Un couple de plastique
Deux petits bonhommes en costume, à l’identique

Perchés comme deux hiboux
Deux joujoux de plastique
Regardent deux hommes en costume, à l’identique

Un beau jour de septembre
Après 19 années
Ils ont pu faire homologuer
Leur pluriel irrégulier

À genoux
Ils ont fait leur demande, échangé les bijoux
Eux qui se prenaient des cailloux
Quand ils étaient écoliers

Oui et oui
Fallait entendre le cri de soulagement
De leurs amis après tout ce temps
À leur chercher des poux

Enfin monter l’escalier
Pluriel irrégulier

Et le premier adjoint
N’a pas fait de long discours
Pas perdu plus de temps
Il a choisi de faire court

Sous son regard brillant
Dans un sourire pudique
A juste souhaité bienvenue
Dans la République

À genoux
Ils ont fait la demande, échangé les bijoux
Eux qui se prenaient des cailloux
Quand ils étaient écoliers

Oui et oui
Fallait voir l’amour qui volait sur ces gens
Pluie de riz dans leurs cheveux grisonnants
Comme deux enfants pleins de poux

Enfin monter l’escalier
Pluriel irrégulier

Genoux bijoux cailloux poux hiboux choux joujoux
Genoux bijoux cailloux poux hiboux choux joujoux…

Ils dansent

Dans le décor de banquise
Du rocher des pingouins
Une amourette se précise
Une noce avec témoins

Deux petits messieurs d’Antarctique
Dans la pluie, sous le vent
Sont devenus romantiques
Comme il arrive souvent

On en fait des expertises
Dans la pluie, sous le vent
Pour confirmer la surprise
De ce couple innovant

Ils se tiennent par la manche
Sans même connaître leur chance
Dans la foule noire et blanche
Ils dansent, ils dansent…

En petits costumes étanches
Ils se marient chaque jour
Jamais leurs câlins ne flanchent
Ils dansent, ils dansent…

Bien des visiteurs sont passés
Ça fait bientôt six ans
Qu’on voit les pingouins enlacer
Leurs deux petits cols blancs

Bien après les biologistes
Les curieux, les passants
Les furieux, les pacifistes
Les curés, les savants

Eux se tiennent par la manche
Sans même connaître leur chance
Droits dans leurs chemises blanches
Ils dansent, ils dansent…

En petits costumes étanches
Ils se marient chaque jour
Jamais leurs câlins ne flanchent
Ils dansent, ils dansent…

Le bonheur de petits pingouins
Qui chaque jour s’aiment tant
Sans savoir ce que savent les gens
Qu’ils dansent, qu’ils dansent…

Ils se tiennent par la manche
Sans même connaître leur chance
Droits dans leurs chemises blanches
Ils dansent, ils dansent…